Un travail d’amour

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Plusieurs enquêtes ont montré que les professeur.e.s contractuel.le.s souffrent de bas salaires, d’un stress élevé et de mauvaises conditions de travail. Un sondage du Conference Board du Canada a révélé qu’en l’espace d’une décennie, la plupart des titulaires de doctorat trouvaient un emploi en dehors de l’académie alors qu’ils aspiraient à occuper un poste permanent. D’autres docteurs ont rejoint les rangs du corps professoral contractuel pour acquérir de l’expérience jusqu’à ce qu’un poste de titulaire de poste à la permanence soit ouvert. Toutefois, contrairement à la plupart des domaines, accepter un travail temporaire au sein de l’académie est considéré comme un « universitaire raté ». Les départements ne considèrent presque jamais les professeur.e.s contractuel.le.s sous contrat à durée déterminée, quels que soient leur historique de publication ou leur service distingué.

Compte tenu des perspectives affreuses, pourquoi les professeur.e.s contractuel.le.s ne quittent pas leur emploi? Les sondages révèlent que la raison principale est que la plupart des professeur.e.s contractuel.le.s aiment ce qu’ils font. Considérez que la plupart des professeur.e.s ont investi six ans de leur vie pour obtenir un doctorat. Cet investissement rend difficile le changement de carrière, en particulier pour un poste subalterne qui pourrait être mieux rémunéré, mais ne nécessite pas leurs compétences sophistiquées. Deuxièmement, la plupart des professeur.e.s contractuel.le.s sont passionnés d’enseignement et de recherche. Étant donné que les professeur.e.s contractuel.le.s semblent apprécier la vie universitaire, est-il légitime de les rémunérer en tant que travailleurs saisonniers plutôt que professionnel.le.s avec les qualifications les plus élevées de notre société?

La réponse à cette question dépend du type d’université que vous souhaitez créer. Si votre objectif est de rémunérer les professeur.e.s contractuel.le.s au taux le plus bas que le marché puisse supporter, vous pouvez créer une catégorie de professeur.e.s découragé.e.s et incité.e.s à prendre des raccourcis. Si votre objectif est de créer une institution promouvant des valeurs canadiennes fondamentales comme le bien-être, la diversité et les droits de la personne, concentrez-vous sur les maillons les plus faibles de votre institution : étudiant.e.s endetté.e.s et professeur.e.s contractuel.le.s sous-payé.e.s. Si les universités canadiennes sont des établissements d’enseignement supérieur publics, il serait logique d’investir dans des professeur.e.s qui sont la principale source de contact des étudiant.e.s avec l’université.